Le balcon et la fenêtre

Il était une fois... Une dame dans sa chambre, qui entendit un bruit de tapis secoué provenant de l'appartement au dessus de chez elle.
Elle ouvrit la fenêtre pour se rendre compte précisément de la situation.
Effectivement, un homme se penchait sur le balcon du séjour, à l'étage juste au-dessus, et secouait un tapis.
Tapis dont la poussière et autres débris ne manquaient forcément pas de tomber en partie sur le propre balcon de la dame !

- "Monsieur !" Dit la dame. "Vous ne pourriez pas arrêter de secouer votre tapis, ne voyez-vous pas que la poussière tombe sur mon balcon ?"

- "Ah?" Répondit l'homme. "Y a quelqu'un sur votre balcon ? J'avais pas vu. Je vais arrêter et reprendre plus tard alors, désolé !"

- "Mais monsieur !" Repris la dame, "maintenant ou tout à l'heure, vous ferez toujours tomber la poussière de votre tapis sur mon balcon, vous n'avez pas le droit de faire ça !"

- "C'est écrit nulle part que j'ai pas le droit de secouer mon tapis !" Rétorqua l'homme.

- "Mais si monsieur, dans le règlement intérieur*, c'est bien indiqué !" Continua la dame.

- "Oh mais de toutes façons, avec vous, y a toujours des problèmes !"S'insurgea l'homme.

La dame n'en revenait pas d'entendre de tels propos, elle restait bouche bée.

C'est à ce moment que sur le mur extérieur de l'immeuble, juste à côté de la dame qui était à sa fenêtre, apparu un levier d'ouverture de porte interdimensionnelle !**

La dame actionna le levier, ce qui eut pour effet l'ouverture immédiate d'une porte d'oubliette interdimensionnelle !**

L'homme fut alors aspiré par la porte qui s'ouvrait sous ses pieds, en poussant un hurlement de terreur !

Un instant plus tard, l'homme atterrit brutalement sur le sol d'un espace sombre et fermé.

- "Ah! Au secours ! Où suis-je ?" S'écria l'homme.

Après un moment, plusieurs balcons légèrement éclairés se montrèrent à l'homme au-dessus de lui. Sur chacun de ces balcons, une personne se tenait, penchée, et secouait un tapis. Les tapis étaient très poussiéreux !

- "Eh! Couf, couf !" S'étouffait l'homme.
- "Arrêtez! J’étouffe ! Vous êtes fous !"

Les personnes sur les balcons continuaient à secouer leurs tapis, sans rien dire, un peu comme des robots.

- "Mais arrêtez bon sang, ça suffit, theu, theu ! Qu'est-ce qui vous prend ?!"

Les personnes sur leurs balcons secouaient toujours leurs tapis.

Le temps passait... et les tapis étaient toujours secoués.

- "Aargh ! Pitié ! Je vous en prie !" S'écriait l'homme.

Les gens des balcons secouaient toujours les tapis... et les secouaient encore...

-"S'il vous plaît !" Geignait l'homme. "Je vous en supplie!" Continuait-il. "J'ai compris, je ne recommencerai plus, je le jure !"

Alors, une lueur apparut dans les yeux des personnes qui secouaient leurs tapis. Leurs visages se tournèrent vers l'homme, et ils arrêtèrent de secouer les tapis.
L'un d'entre eux s'adressa aux autres : "Est-ce que nous pouvons le croire ?"

-"Oui oui !" s'écria l'homme. "Je vous le promets, jamais je ne recommencerai ! Je ferai attention à mes voisins !"

Les gens des balcons se regardèrent longuement, et acquiescèrent comme un seul homme.

Une lueur plus forte pointa dans un coin de la pièce, laissant apparaître ce qui ressemblait à un passage vers l'extérieur.

Les gens des balcons encouragèrent l'homme à sortir en lui montrant du bras le passage.

"Merci, merci ! Ah, merci !" Dit l'homme.

L'homme rampa vers la sortie pour s'extraire de cette cavité.

Arrivé dehors, d'abord éblouit par la lumière du soleil, il se rendit compte après un moment qu'il était à quelques dizaines de mètres de son immeuble, sur un chemin de terre.

Un grand oiseau planté sur le chemin le regarda plusieurs secondes, fixement. Puis il siffla, comme de contentement, et s'envola...  




** les oubliettes interdimensionnelles, sont des cachots que les propriétaires bailleurs feraient bien d'acquérir.
Ces oubliettes, issues d'une autre dimension, ont la particularité de détecter les incivilités entre voisins, pour permettre à celui qui en est la victime d'en actionner le levier qui apparaîtra à son endroit, de façon à éjecter le fautif dans ce cachot intelligent, qui déterminera et appliquera la meilleure façon de lui faire comprendre ses erreurs, jusqu'à ce qu'il soit prêt à expier ses fautes. Alors seulement, le cachot interdimensionnel libérera le repenti.


*Extrait du règlement intérieur d'un immeuble :




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