Pauvre toutou

Il était une fois... Un homme dans son salon, par une journée ensoleillée de début d'été, qui lisait tranquillement un livre de François Cheng... Jusqu'au moment où :

- Une odeur de marijuana lui parvint par la porte fenêtre entrouverte du balcon.

- "Tum tum tum" Des bruits de pas lourds et rapides se firent entendre par le plafond.

- "Blam!" Le bruit d'une porte qui claque, dans l'appartement juste au-dessus.

- "Glinguelinguing !" Un objet tombé sur le sol du même logement au-dessus.

- "Toum, toum, toum, ..." Les basses exagérées d'une musique basique et répétitive, issues de la pièce au-dessus de l'homme malheureux, qui commençait à ne plus pouvoir se focaliser sur sa lecture.

- Sur le balcon du bruyant appartement de l'étage supérieur, un jeune chien, de race pitbull, grattait à la porte fenêtre en couinant, après une longue période bloqué sur ce balcon par son maître. L'odeur d'une viande grillée provenant de la cuisine l'incitait peut-être aussi à se manifester.

Le maître du chien ouvrit la porte fenêtre du balcon, poussa un juron, et commença à battre le pauvre chien.
- "Maintenant tu t'arrêtes !" Beugla le maître. "Tu me laisses tranquille!"

L'homme qui lisait se crispa, poussa un soupir, posa son livre et sortit de chez lui pour monter à l'étage. Il frappa à la porte de son voisin. Une bonne vingtaine de secondes s'écoulèrent... Il frappa de nouveau à la porte... "Tum tum tum", encore ces bruits lourds d'un homme qui marche pieds nus en tapant des talons à chaque pas... Finalement, la porte s'ouvrit et le visage fermé du voisin, les yeux un peu écarquillés et rougis par les effets stimulants de la drogue se montra.

- "Monsieur" dit l'homme qui venait de frapper à la porte. "Vous savez que ce vieil immeuble n'a aucune isolation phonique. Si nous ne prenons pas de précaution, tout le monde est forcément dérangé par les bruits de ses voisins. Entre la musique, vos bruits de pas, les portes qui claquent et j'en passe, vous faites la totale aujourd'hui !"

- "Mais qu'est-ce que vous voulez encore ?" Répondit l'autre. "Vous vous plaignez toujours vous !"

- "Je souhaite tout simplement pouvoir être tranquille chez moi, monsieur". Rétorqua l'homme.

- "Mais c'est pas ma faute si l'immeuble fait du bruit, c'est pas moi qui l'ai construit !" Rouspéta le voisin.

C'était au tour de notre personnage principal d'écarquiller les yeux de stupéfaction devant les propos de son voisin, et d'ajouter : "Et puis quand vous frappez votre pauvre toutou, tout l'immeuble en profite !"

Le voisin d'en haut s'excita : "Non mais vous vous prenez pour qui de me parler comme ça ! Je fais ce que je veux avec mon chien !"

C'est à ce moment qu'un levier d'ouverture de porte interdimensionnelle** se présenta sur le mur, juste à côté de notre homme qui se tenait toujours devant la porte de son voisin. Ce dernier ne semblait pas se rendre compte de ce fait nouveau, mais notre homme, lui, tourna son regard vers le levier.

Toujours excité, le voisin d'en haut continua : "Je me retiens vous savez, je fais des efforts pour me retenir là! Et puis je ne peux pas discuter plus longtemps, j'ai un steak sur le feuAAAAHHH... !!

Notre homme venait de baisser le levier de porte interdimensionnelle, et le voisin glissait dans l'ouverture interdimensionnelle qui s'était subitement ouverte sous ses pieds.

Un instant plus tard, la victime de cette chute interdimensionnelle se retrouva sur le sol froid et dur d'un espace clos et sombre.

Après un moment de stupéfaction le voisin s'écria :

- "Eh! mais qu'est-ce qui se passe bordel ! J'suis où là !"

Le silence régnait...

- "Oh ! Eh Oh !" Cria le voisin. "Faites-moi sortir merde !"

Des lueurs s'allumèrent soudainement tout autour du voisin, deux par deux, qui clignotaient. C'étaient des paires d'yeux qui laissaient échapper ces lueurs, qui s'intensifièrent jusqu'à montrer les silhouettes des êtres qui les portaient.

- Le voisin regarda vers une des formes qui se dressait devant lui : "Barbeuk ? C'est toi mon chien ? Je suis content de te voir ! Tu vas me montrer la sortie hein ?

Effectivement, c'était la forme du pauvre toutou tout à l'heure malmené qui était devant son maître. Mais cette fois il était beaucoup plus gros, et plus fort, même si son apparence juvénile était toujours présente.

Un grondement sorti de la gueule du chien. Un grondement qui laissait entendre que les rôles avaient changé...



** les oubliettes interdimensionnelles, sont des cachots que les propriétaires bailleurs feraient bien d'acquérir.
Ces oubliettes, issues d'une autre dimension, ont la particularité de détecter les incivilités entre voisins, pour permettre à celui qui en est la victime d'en actionner le levier qui apparaîtra à son endroit, de façon à éjecter le fautif dans ce cachot intelligent, qui déterminera et appliquera la meilleure façon de lui faire comprendre ses erreurs, jusqu'à ce qu'il soit prêt à expier ses fautes. Alors seulement, le cachot interdimensionnel libérera le repenti (voir "Le balcon et la fenêtre").


     

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